Face au caractère inéluctable du réchauffement climatique, le RUDG nous invitait, les 20 et 21 Octobre 2016, à une réflexion interactive autour de la question de l’atténuation.
Placée sous le signe de l’anticipation, cette manifestation fut le lieu de s’enquérir des enjeux que représente ce phénomène tant à l’échelle mondiale que pour notre territoire et des réponses qui peuvent lui être opposées. Pour ce faire un copieux plateau d’éminentes personnalités de Guadeloupe, de la Martinique et du Costa Rica, invités d’honneur de ce séminaire, était proposé...

JOUR 1 : JEUDI 20 OCTOBRE 2016 : URBANISME &STRATÉGIES

Après des allocutions protocolaires marquées par l’avis unanime quant à la l’impérieuse nécessité pour la Guadeloupe, d’apporter sa contribution, aussi modeste soit elle, à la limitation des gaz à effet de serre ; le décor fut planté par M.Pascal SAFFACHE.

Être informé pour agir durablement : la Guadeloupe et les territoires insulaires caribéens face au changement climatique

Dans le prolongement de l’explicitation des termes du sujet et de leur contextualisation, M.SAFFACHE a abordé les effets induits par l’augmentation des températures à savoir : -l’élévation du niveau de la mer (+ de 25 cm au cours des 120 dernières années / + 26 à + 82 cm en 2100)
- une probabilité accrue (entre 55 et 60 %)pour certaines de nos insularités dont Haïti et les îles du Nord, de se trouver sur la trajectoire d’un ouragan.

Cette élévation du niveau de la mer a ainsi fait l’objet de simulations, par le Pr SAFFACHE du modelé de territoires tels que les Bahamas, Cuba en passant par Anguille ou Hispaniola à l’horizon 2060.
La Guadeloupe ne fut pas en reste, à travers des focus sur les Abymes, Baie Mahault ou Marie Galante. Des scenarii fondés sur les données du GIEC [1] qui auront particulièrement interpellé voire inquiété un auditoire, préalablement informé qu’il s’agissait là de projections "optimistes".

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Face à ce terrible constat, Pascal SAFFACHE identifie néanmoins un adjuvant fort : la mangrove ; barrière naturelle contre les effets du changement climatique.
Une avancée du front de mangrove de + 500 m pouvant en effet réduire de 0,5 à 1 m la hauteur d’eau des zones inondables.
Les enjeux étant ainsi identifiés, la seconde séquence du séminaire s’intéressait aux réponses à y apporter afin de favoriser l’entrée de la Guadeloupe dans l’ère du post-carbone.

Comment nos stratégies territoriales contribuent elles à l’atténuation du réchauffement climatique ?

C’est l’État à travers la voix de M. Alexandre BERGÉ qui a posé les jalons de cette séquence. En termes de stratégie territoriale la DEAL participe ainsi à l’élaboration des documents d’urbanisme tels que les PLU, accompagne les Agendas 21 ou porteurs de projet de territoires à énergie positive.
Toujours en matière de politique nationale, les supports au service de l’autonomie énergétique de la Guadeloupe étaient présentés par Jérôme ROCH, Directeur régional de l’ADEME. L’on notera parmi eux :

  • Apport d’informations et d’expertise : OREC, ORT, scénarii 100% ENR pour la PPE…
  • Accompagnement de projets exemplaires : bâtiments, photovoltaïque, mobilité durable…)
  • Relais d’ingénierie territoriale : CEP, EIE, COT, chargés de mission.
  • Ressources et réseaux : RUDG, Centre de ressources qualité environnementale du bâtiment, Club PCAET de la DEAL…
  • Partenariat fort avec la Région et EDF, dans le cadre du CPER.
  • Synergie des aides financières (ADEME, Région, FEDER, CEE…)


Forte de son habilitation énergétique et de sa compétence aménagement, la Région constitue un acteur cardinal de la stratégie territoriale face au réchauffement climatique. Ludovic OSMAR, Chargé de mission Énergies à la Direction de l’Environnement et du Cadre de Vie a exposé la politique régionale en la matière.
Après avoir fait le double constat de l’augmentation de la consommation d’électricité (la climatisation représente près de 33 % des dépenses énergétiques) sur la période 2000/2011 et de la dépendance encore forte aux énergies fossiles, M.OSMAR nous a présenté leur outil stratégique majeur : le PPE.
Le plan pluriannuel de l’énergie, se propose ainsi de toiletter, et à terme de suppléer le document qui faisait jusque là autorité en la matière : le PRERURE.

Le multimédia représentant à lui seul 13 % de nos consommations énergétiques, M.Fabrice MORVAN, chef du service désenclavement numérique à la Région Guadeloupe était également des nôtres à cette table ronde. Il s’est illustré par une pondération appuyée des fantasmes autour de la Ville connectée comme vecteur de la transition écologique.
S’il a reconnu les possibles apports du numérique à la lutte contre le réchauffement climatique il aura surtout mis l’accent sur la nécessité préalable de modifier nos comportements dans notre utilisation des différents outils multimédias.

Après les échelons macro des politiques nationales et régionales, le maire de la ville la plus nantie en matière de ressources d’énergie renouvelables nous a fait l’honneur de venir présenter sa stratégie communale.
M. Thierry ABELLI s’est ainsi employé à nous décliner les différents axes du développement territorial de la commune de Bouillante autour du renforcement de l’attractivité du territoire, le développement de l’emploi, le maintien d’une fiscalité attrayante et bien sûr l’exploitation de la manne géothermique.
Avec une production géothermique représentant 6% de la consommation finale d’énergie la ville de Bouillante est devenu officiellement en 2015 un « territoire à énergie positive pour la croissance verte ». L’avenir est désormais à l’amélioration des équipements, la diversification des énergies renouvelables, ou encore la mise en œuvre de projets s’inscrivant dans la mobilité durable.
C’est ainsi que s’est conclue cette séquence stratégie introduisant l’exposé ô combien attendu des frères Henry et Yvon JOSEPH.

Guadeloupe, archipel post-carbone : une nécessité, une ambition... et des solutions citoyennes ?!

L’intervention du Docteur Henry JOSEPH est partie du constat de l’essoufflement et des conséquences en cascade que génère le modèle économique basé sur la pétrochimie.
Outre la dimension humaine et géopolitique, ce modèle est un non-sens physique en ce que la minéralisation rompt la chaîne logique qui crée et maintient la vie : celle du bon sens, celle de la Nature.

Fort de ce constat, Henry JOSEPH invite les acteurs de l’édification de la société guadeloupéenne à se former et à repenser leurs schémas afin de s’inscrire dans un modèle faisant la part belle à la BIODIVERSITÉ, la TRADITION et l’INNOVATION.

Dans nos pratiques urbaines, ces préceptes se concrétisent par la promotion du jardin créole afin de tendre vers l’ autosuffisance alimentaire à l’instar de ces concepts de « ville nourricière » que l’on retrouve tant à Cuba qu’en Suisse en passant par l’Ile Maurice.
Outre l’adoption du principe de devenir tous « locavores », l’on pense également, grâce aux conséquences de la mise en œuvre de ce nouveau modèle tant sur la qualité de l’air que celle de l’eau au principe de la ville qui respire, celle ou l’on se plaît à vivre ; objet in fine de nos missions d’élus et de professionnels de l’aménagement.

Quant à la question économique, les apports de l’agroforesterie et l’agro-écologie tant dans la filière alimentaire que dans la pharmacopée, la cosmétique ou encore le textile semblent augurer d’appréciables sources de créations d’emploi. Pour nos économies exsangues marquées par la prédominance du tertiaire et une certaine dépendance aux « perfusions », ce coup de semonce vert, répondant aux canons de l’économie circulaire, s’apparente à une belle opportunité.

Dans l’exercice urbain, un outil peut permettre de répondre à la question de l’atténuation tout en s’inscrivant dans le discours du Dr Henry JOSEPH : celui de la culture en pots.
Développé par Yvon JOSEPH, il s’agit d’un principe agronomique favorisant la maitrise des espaces restreints (terrasse, balcon, petite surface) tout en estompant la minéralisation de l’ urbs des différentes communes de la Guadeloupe.
Il permet également une maîtrise accrue, via notamment le stress hydrique, de la productivité des plantes.

En termes de perspectives le jardin en pots peut ainsi se prêter à

  • l’aménagement des entrées de villes
  • la valorisation de dents creuses
  • l’embellissement des devantures, des balcons voire des toitures
  • l’aménagement de jardins partagés sur le principe de l’opération initiée par l’association Bwalansan ou encore par la SEMAG dans l’agglomération pointoise. Avec en filigrane de substantielles possibilités dans la création d’emplois pérennes.

Après cette riche matinée consacrée à la contextualisation, aux stratégies multiscalaires et à l’exposé d’une vision illustrée de la société guadeloupéenne ; post-carbone l’après midi du Jeudi 21 était consacrée aux retours d’expérience.

Le Costa Rica, un modèle international de politique environnementale intégrée

Pays exemplaire s’il en est sur la thématique du réchauffement climatique, le Costa Rica était brillamment représenté à ce séminaire par Ivan DELGADO, du Ministère de l’Environnement et de l’Énergie.

Ayant placé son intervention sur l’opposition entre les menaces et opportunités qu’occasionne le changement climatique, M.DELGADO entame son intervention par une évocation de la grande vulnérabilité du Costa Rica aux impacts de ce phénomène.

Faisant face à ces affres, le gouvernement costaricien leur oppose une stratégie dédiée :
Le Plan stratégique national du changement climatique (ENCC)

Ivan DELGADO, à travers des exemples concrets nous éclaire sur les outils, les politiques publiques ou initiatives privées contribuant à la neutralité carbonique(Carbon Neutralidad) via une « vision transformative » de nos pratiques urbaines.

En conclusion, notre sympathique intervenant réitère le propos d’Henry JOSEPH sur la nécessité de sortir du carcan économique classique afin de se construire un modèle de société privilégiant la nature au carbone.
Comment mettre en œuvre ces préceptes dans nos contextes insulaires caribéens et sur le territoire guadeloupéen en particulier ? C’est tout l’objet de l’intervention suivante, assurée par l’architecte-urbaniste Émile ROMNEY...

Comment intégrer à la fois les questions de biodiversité, de transport, d’économie et du vivre ensemble dans mon projet d’aménagement ? Émile ROMNEY

Connu notamment pour son investissement dans la rénovation urbaine de Pointe à Pitre en collaboration avec Marc JALET son associé, Émile ROMNEY nous a délivré deux exemples de projets ayant intégré de manière transversale la question de l’atténuation :

La première concerne le territoire de Port Louis, bassin cannier de la Guadeloupe qui a préservé son espace agricole. L’équipe MOE a proposé une approche alliant la question agro-urbaine, l’adaptation au cadre réglementaire du PLU et la prise en compte de la réalité sociologique sur les zones de Lalanne et Monroc.
Au final cette proposition de pastillage de micro-zones urbaines, réhabilitant la tradition des petits hameaux de la ville tout en favorisant l’autonomie agricole des résidents, n’aura pas été retenu.
En cause, la difficulté de gérer des espaces spécifiques et probablement une crainte que ces « pastilles » finissent par s’étaler de manière incontrôlée.

Le second projet a eu lui l’heur d’emporter la pleine adhésion de la puissance publique. Mis en œuvre dans le quartier de Los Platanitos en République Dominicaine, le Projet RESURE est avant tout axé sur le traitement des déchets.
Avec pour objet de créer une continuité verte dans un quartier particulièrement insalubre induisant notamment le recyclage de déchets pour la production d’énergie, il s’inscrit dans ce changement de paradigme contribuant à estomper notre empreinte carbone.

Mais incontestablement, l’instant insolite de l’intervention d’Émile ROMNEY est cette réflexion à laquelle il nous invite quant à notre rapport aux dents creuses.
Généralement considérées comme des opportunités qu’il faut à tout prix densifier, ne pourrait on pas les considérer comme :

  • des bulles de respiration pour des pratiques et usages citadins nouveaux
  • des espaces de cohabitation avec d’autres habitants : la biodiversité

C’est sur cette proposition ouverte qu’Émile ROMNEY conclut son intervention, laissant la place à la dernière séquence de cette riche journée du 20 Octobre : l’Atelier !!

Atelier « la Boîte à Bâtir » Construire la Guadeloupe de l’an 2100 : À vos boitiers !

Afin d’apporter un terme ludique à cette première journée de travaux, un atelier se proposait aux participants de mettre en pratique les informations glanées dans le cadre d’une étude de cas.
Cet exercice résolument inscrit dans le futur invite une tribu d’irréductibles, les S-passionautes à saisir l’ultime occasion de modifier le cours de l’Histoire d’un territoire curieusement familier : une certaine KarUtopia.

À la question « Quelles sont les mesures d’atténuation que vous prenez pour changer le cours de l’histoire de KarUtopia ? »les 6 groupes de S-passionautes ont répondu ainsi :
Au niveau des acteurs à associer à leur stratégie d’atténuation, les référents étaient parfaitement identifiés des décideurs aux experts en passant par les professionnels de l’aménagement ou de la construction, la société civile, les acteurs économiques ou encore les financeurs publics ou privés.

Pour ce qui est des étapes , la trame globale fait ressortir la hiérarchisation suivante :

  • Diagnostic territorial
  • Communication vers la population
  • Définition de la stratégie
  • Déclinaison du plan d’action
  • Mise en œuvre dans une logique de co-construction
  • Évaluation(s)

Les préconisations reflètent quant à elles assez bien l’accent biodiversité de ce séminaire :
L’on peut citer notamment :

  • le reboisement afin de faire coïncider captation du CO2 et filière bois
  • la replantation de la mangrove
  • une densification moins minérale des centre- bourgs
  • l’arrêt des avantages notamment fiscaux s’avérant nuisibles à l’environnement
  • le développement d’autre formes et modes de culture dont « l’aquaponie » [2]

Enfin si l’on devait résumer en une phrase la philosophie méthodologique qui émerge des productions de nos valeureux S-passionautes ce serait la suivante : « Il faut rêver le territoire ». Soit, le penser en dépassant les inflexions du temps politique, en s’affranchissant des schémas préconçus mais en y associant toujours l’ensemble de nos concitoyens, à travers la concertation. Et ce sur toute la durée du projet.

JOUR 2 : VENDREDI 21 OCTOBRE 2016 : BÂTIMENT& CONSTRUCTION

Après les discours introductifs d’usage, c’est Joël PAUL conseiller en énergie partagé (CEP) qui s’acquitta d’initier les travaux par la présentation des différentes Atténu’Actions menées par le CAUE face au réchauffement climatique.

Véritable support à la gestion énergétique, le CEP contribue à estomper l’empreinte carbone des CEP via :

  • la réalisation de bilans énergétiques
  • un Suivi énergétique personnalisé
  • l’accompagnement de projets
  • des actions d’information et de sensibilisation

Pour ce faire, fort de l’appui de partenaires tel que l’ADEME, la Région Guadeloupe, EDF et l’Union Européenne et du soutien du CNFPT, de la FNCAUE, du Symeg et de l’Association des Maires de Guadeloupe associés au CAUE dans le cadre de ce portage, il affiche aujourd’hui les résultats suivants :

  • 30 collectivités adhérentes …
  • 24 pré-diagnostics énergétiques réalisés …
  • 33 accompagnements de projets effectifs

La récente étude de l’OREC sur les consommations d’énergie dans les bâtiments communaux, à laquelle a contribué le CEP, rend efficacement compte du potentiel de limitation de l’empreinte CO2 dans le public. Quid du privé ? C’est tout le sens de la deuxième partie de l’intervention de Joël PAUL consacrée elle aux missions du conseiller Espace Info Énergie (EIE) ;fonction assumée au CAUE par Jorry JERSIER.

Alter ego du CEP se destinant lui à un public de particuliers, l’EIE est tout autant investi dans l’atténuation du réchauffement climatique à travers la dispense de conseils et l’apport de solutions concrètes sur :

  • la Maîtrise de l’Énergie (MDE)
  • la réduction de leurs consommations d’énergie
  • l’amélioration de la performance de leur habitat
  • le recours aux énergies renouvelables et à l’eau chaude sanitaire
  • la lutte contre la précarité énergétique

En termes de données chiffrées cela se traduit par les chiffres suivants :

  • 5 000 personnes sensibilisées de 2013 à 2016
  • 2 000 contacts de 2013 à 2016
  • 800 Logements visités 2013 à 2016
  • 300 contacts en 2016
  • 55 diagnostics réalisés et renvoyés aux particuliers grâce à l’outil Simul’Conso

En somme, le rôle des conseillers EIE dans l’estompe de l’influx carbonique de nos concitoyens, est à souligner...et valoriser.

Table ronde - Opportunités et freins à des bâtiments exemplaires en Guadeloupe ?

Cette exposé ouvert réunissait trois intervenants : Didier BERGEN, Président de l’Ordre des Architectes de Guadeloupe ; Véronique PHALENTE, Ingénieur-Architecte et Nathalie CHEVON, Directrice du Pôle Synergîle.
L’objet de cette séquence consistait à mettre en évidence combien l’atténuation du réchauffement climatique peut s’avérer fructueux pour le domaine de la construction en Guadeloupe.

Didier BERGEN, Président de l’Ordre des Architectes de Guadeloupe :
À cet effet après une présentation préalable de ce qu’est le BIM [3] l’intervention de M.BERGEN a essentiellement porté sur l’intérêt de cette « Modélisation des Informations du Bâtiment » de la conception à la gestion de l’infrastructure. Ont ainsi été évoqués :

  • le BIM Manager ,
  • les différents niveaux du BIM,
  • les avantages du BIM..

Ainsi, face à l’obligation en 2017 d’utiliser la maquette numérique dans la construction de bâtiment de grande superficie, Didier BERGEN nous aura sensibilisé sur l’impérieuse nécessité de faire de nos lacunes (lenteur de mise en place du dispositif, formation des professionnels locaux...) des opportunités.
Ces aubaines qu’offre le BIM qu’il soit de niveau 0, 1, 2 ou 3 s’adressent aux maîtres d’ouvrage, aux bureaux d’études aux entrepreneurs ou encore aux propriétaires.
Eu égard à la thématique qui nous intéresse ici, l’on retiendra surtout combien cet outil permet de réaliser des bâtiments consommant moins d’électricité, chauffés et climatisés plus efficacement, tout en assurant le confort et la sécurité de ses occupants.

Véronique PHALENTE, Ingénieur-Architecte :
Dans le droit fil des enjeux soulevés par Didier BERGEN, Madame PHALENTE a prolongé la réflexion sur la perspective de tendre vers l’excellence environnementale dans les bâtiments en Guadeloupe.

Après un incipit sur la difficulté supplémentaire de répondre aux canons du développement durable dans notre territoire insulaire tropical notre intervenante a axé sa présentation sur les points suivants :

  • les conditions préalables d’un bâtiment durable (opportunité, localisation, faisabilité, programmation)
  • le mode d’évaluation de la qualité environnementale d’un bâtiment (NégaWatt)
  • un focus sur le siège du Parc National de Guadeloupe (PNG) : édifice exemplaire
  • les nouveaux matériaux
  • les études et échanges à travers le DU ABADUCA [4]

En conclusion, Véronique PHALENTE insiste sur l’excellence environnementale comme une obligation à laquelle nous devons tous participer. Ce devoir de résultat qui n’est pas qu’une affaire d’ingénieur et de performances énergétiques doit également passer par des évolutions normatives et réglementaires.
La lutte contre le réchauffement climatique via l’excellence architecturale peut offrir à nos collectivités, dans un contexte morose pour le BTP local, l’opportunité de densifier/renouveler le bâti existant.

Nathalie CHEVON, Directrice –Synergîle
La troisième et dernière intervention de cette table ronde s’est un peu plus focalisée sur les technologies innovantes appliquées ou applicables aux bâtiments de Guadeloupe.

Parmi les matériaux innovants évoqués par Nathalie CHEVON, l’on peut citer :

  • le revêtement céramique pour l’isolation thermique externe
  • les matériaux de construction naturels & composites intégrant des biomatériaux

En termes de protocoles et techniques il convient d’évoquer l’isolation à base de biomatériaux tandis qu’en matière d’équipements l’on retiendra :

  • le panneau solaire hybride,
  • les dispositifs de suivi et d’alerte de production d’ ENR ou encore
  • les solutions de mesure et d’optimisation des consommations énergétiques

Il ressort donc de cette table ronde que les enjeux du réchauffement climatique peuvent constituer de fortes opportunités pour le développement économique, la réhabilitation du bâti et le rééquilibrage territorial.
Cette photographie de nos réalités introduisant idéalement l’intervention de notre second invité d’honneur, Alejandro BARBOZA, sur les atouts de l’architecture bioclimatique.

La Construction bioclimatique, Alejandro BARBOZA, Architecte-Urbaniste-Ingénieur (Costa Rica)

Partant de la sophistication de la naissance de la vie sur Terre, notre intervenant entame son propos en attirant l’attention du public sur la dépendance de l’être humain à une biodiversité qu’il s’emploie pourtant à altérer voire à détruire.
De par nos modes de vie, nos modes d’habiter, d’aménager et même de construire ; nous impactons dangereusement notre matrice génésique : la Nature dans sa complexe (bio)diversité.

Alejandro BARBOZA achève sa sensibilisation sur les enjeux mondiaux de ce réchauffement par une alerte sur la part croissante du secteur de la construction dans l’impact carbone planétaire, avec des conséquences directes pour la Caraïbe et notamment le Costa Rica :

Le Costa Rica, sa géographie, sa climatologie et son urbanisme est justement au programme de la seconde partie de l’exposé de M.BARBOZA. L’on en retiendra :

  • la centralité de la grande aire métropole (GAM) qui rassemble 54,70% des 4,5 millions d’habitants que compte le pays :
  • la prise en compte du climat et de la topographie notamment littorale dans l’aménagement du territoire
  • la grande biodiversité végétale et animale
  • les appréciables aptitudes en matière d’énergies renouvelables de ce pays qui compte 116 volcans dont 5actifs et une forte pluviométrie
  • un grand nombre de problématiques communes avec celle de notre archipel (outre la géothermie et le climat ; la vulnérabilité aux risques naturels, la pauvreté qui frappe 21,7% de la population ou encore l’épineuse question des transports)



Le décor international et costaricien planté, Alejandro BARBOZA passa alors à l’exposé de ce qu’est l’architecture bioclimatique. Pour ce faire, en écho à l’évocation des certifications [5]" locales en matière de qualité environnementale, furent chronologiquement abordés les thèmes suivants :

  • les critères d’évaluation de l’impact environnemental d’une construction
  • l’architecture passive (traditionnelle vs High Tech)
  • l’architecture vernaculaire du Costa Rica
  • les indicateurs et idées reçues autour de la notion de confort thermique
  • les principes physiques du bio-climatisme et leur mise en œuvre technique

Les éléments marquants de ce troisième et avant dernier axe d’intervention d’Alejandro BARBOZA furent probablement les similitudes entre les critères Négawatt évoqués par Véronique PHALENTE par rapport aux standards costariciens. Les idées reçues autour de la question de confort thermique, très singulière d’un individu à un autre, a également interpellé. Enfin à un tout autre niveau, la sympathique et non moins inspirante résonance entre nos architectures vernaculaires respectives aura suscité intérêt et curiosité.
Mais quid de la mise en œuvre de ces beaux préceptes ? C’est l’objet du 4ème et dernier axe d’intervention de ce jeune architecte adoubé par Bruno STAGNO.

Un riche panel de cas d’étude nous a ainsi été livré par Alejandro, qu’il s’agisse de projets architecturaux de son mentor ou des cabinets « Entre Nos Atelier » et « OPB Arquitectos » ; des aménagements conçus par « Bicipubli Cartago et NFP No Footprint House » ou du concept électrique Urban Algae Folly sur lequel a travaillé notre intervenant pour le compte du cabinet « ECOLOGIC STUDIO ».

Au final, l’intervention d’Alejandro BARBOZA aura autant tenu du plaidoyer écologique qu’à un exposé technique sur l’intérêt de l’architecture bioclimatique illustré par des exemples concrets de sa mise en œuvre.
Si l’on devait résumer son riche discours en une phrase, la formule « La forme doit s’adapter au climat » serait assez indiquée.

CONCLUSION
Nos différents intervenants nous auront permis de toucher du doigt différents leviers d’action existant dans l’urbanisme et l’aménagement afin de lutter de manière anticipée contre le échauffement climatique.
Qu’il s’agisse de coordination entre topographie et planification, de nouveaux modes d’habiter ou d’ « aménagement adapté » diverses pistes ont été avancées.
Dans la méthodologie, l’importance de la concertation, de la pluridisciplinarité et de la sollicitation de territoires partageant nos problématiques a particulièrement émergé.
Le bâtiment n’est pas en reste, lui qui, via le BIM, l’architecture bioclimatique offre pléthore de solutions d’atténuation.
Nous retiendrons combien au niveau décisionnel, il convient de former et d’inciter nos politiques à cultiver la vie en même temps que la ville en saisissant l’opportunité de négocier ce tournant historique que peut ouvrir pour nos territoires la biodiversité.
Les exécutants que nous sommes seront pour leur part, un peu mieux éclairés sur les outils existants et évolutions réglementaires nécessaires afin d’amorcer au mieux ce virage.
Enfin les citoyens adopteront peut être, sur le principe du « grenn diri ka fè sak diri », qu’en dehors d’une pure question d’ingénierie ou de technique, nous pouvons chacun apporter notre modeste contribution à l’édification d’une société post carbone adaptée à nos besoins et atouts spécifiques.


[1Créé en 1988, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) fournit des données scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade

[2L’aquaponie est une forme d’aquaculture intégrée qui associe une culture de végétaux en « symbiose » avec l’élevage de poissons

[3Building information modeling

[4Diplôme universitaire porté notamment par la Région Guadeloupe, l’Université des Antilles et le CROAG

[5Les trois principales certifications d’exemplarité environnementale dans le bâtiment en vigueur au Costa Rica sont la RESET, chère à Bruno STAGNO, la LEED à dimension plus internationale et enfin la EDGE, plus "consensuelle

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